L’Insee intègre dans le PIB le trafic de drogue

L’Insee a annoncé ce mardi 30 janvier qu’il comptabiliserait

désormais l’achat et la vente illégale de drogues comme une production de richesses. De quoi souligner encore plus les limites du PIB, un indicateur économique qui ne fait pas de différence entre les bienfaits et les nuisances pour nos sociétés.

C’est étonnant à première vue, mais une explosion du trafic de drogue en 2018 pourrait receler une bonne nouvelle pour le gouvernement : elle ferait augmenter le sacro-saint taux de croissance du PIB, scruté chaque fin d’année comme indicateur phare de la santé économique du pays. En 2017, ce taux de croissance a été de 1,9%, et l’exécutif a beau jeu de le brandir comme une réussite majeure. Le PIB, selon l’Insee, est « le résultat final de l’activité de production des unités productrices résidentes ». En moins jargonnant, cela signifie : la valeur ajoutée de tout ce qui a été produit dans l’Hexagone dans l’année. Matières premières, produits industriels, services… Le taux de croissance désigne l’évolution en pourcentage du PIB d’une année sur l’autre. En somme, la France a produit 1,9% de plus de richesses en 2017 qu’en 2016.

Nouveauté pour l’année à venir : l’Insee a annoncé ce mardi 30 janvier qu’il intègrerait dans son calcul… le trafic de drogue. L’institut applique une recommandation d’Eurostat, l’organe de statistiques de l’Union européenne. Objectif : pouvoir comparer les pays de l’UE entre eux, certains (comme les Pays-Bas) ayant légalisé la vente de cannabis qui lui confère un PIB « gonflé » par rapport aux Etats où elle est interdite. L’impact sur le PIB français sera cependant très réduit : « Quelques milliards d’euros » annuels de trafic, à mettre en perspective avec les 2.200 milliards du PIB national.

Cerise sur le gâteau pour le PIB

Ce changement de comptabilité remet toutefois en lumière une question cruciale : la mesure du PIB a-t-elle un sens ? A quoi bon en effet se réjouir d’une augmentation de la production de richesses, si les richesses en question sont néfastes à la société ? C’est le défaut déjà existant du PIB : il ne fait pas la différence entre les bienfaits et les nuisances, et réduit toute production à son caractère comptable. Prenons un cas de figure concret : une accélération du trafic d’héroïne dans un quartier français. Actuellement, le PIB comptabilise comme en pertes et profits toutes les conséquences des problèmes posés par la drogue dans la société : avec cette logique, les investissements de l’Etat dans des forces de police ou les achats par les citoyens de dispositifs de protection individuelle deviennent des richesses… Donc plus le trafic s’étend, plus la croissance sera forte ! C’est sur le même modèle que les Etats-Unis voient leur PIB gonflé par leur engagement militaire dans le monde entier. Or, la réforme du mode de calcul du PIB appliquée par l’Insee, c’est la cerise sur le gâteau : en plus de toutes les conséquences du trafic, le PIB intègrera désormais… le trafic lui-même.

Devançant les médias, les pouvoirs politiques ont engagé une réflexion sur la pertinence de l’indicateur, à une époque où la production effrénée menace l’avenir de la planète sans garantir le bien-être des citoyens. « Plus les questions écologiques et sociétales deviennent prégnantes et plus on se rend compte que nos systèmes d’indicateurs actuels sont contre-productifs, regrette ainsi dans La Croix le philosophe altermondialiste Patrick Viveret. Nous sommes aujourd’hui dans la situation d’un marin qui aurait décidé de changer de cap mais dont les instruments de bord continueraient à être réglés sur l’ancien cap ». Il y a dix ans exactement, Nicolas Sarkozy lançait la commission Stiglitz, chargée de trouver de nouveaux indices économiques. Le Forum pour d’autres indicateurs de richesse (Fair) a également été créé à cette occasion. Mais si d’autres statistiques ont désormais fait leur entrée dans les manuels (comme par exemple, l’indice de développement humain, l’IDH), le PIB reste une norme référence qui éclipse toutes les autres.
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