En une semaine, les agressions de détenus contre des surveillants se sont multipliées dans les prisons de France.

Sans pour autant que les motivations et les profils des auteurs se ressemblent. A Vendin-le-Vieil (Pas-de-Calais), la justice a estimé qu’il s’agissait d’un acte terroriste, commis par un détenu armé et déjà condamné pour terrorisme. A Mont-de-Marsan (Landes) et Tarascon (Bouches-du-Rhône), à l’inverse, les agressions ont été qualifiées d’infractions de droit commun: les auteurs étaient « seulement » suivis pour radicalisation, ils ont agi à mains nus et ils cherchaient à obtenir un transfert vers un autre centre de détention.

L’attaque vendredi à la prison de Borgo (Haute-Corse) fait beaucoup plus débat. Âgé de 28 ans, Morad A. a agressé au couteau deux gardiens, blessant grièvement l’un à la gorge et l’autre plus légèrement. Cet homme signalé pour radicalisation s’est ensuite retranché dans une cellule et a été interpellé en compagnie de trois autres détenus, possiblement des complices. Tous les quatre sont toujours en garde à vue ce samedi.

« On essaye de cacher les choses pour ne pas affoler les gens »

L’enquête est pour l’heure menée sous le régime du droit commun par le parquet de Bastia. Ce qui irrite le syndicat FO pénitentiaire qui y voit, au contraire, « un attentat de détenu radicalisé », et non une simple « agression ». « Je crois qu’on essaye de cacher les choses pour ne pas affoler les gens mais il faut informer les gens », s’est indigné ce samedi Raphaël Barallini, son délégué régional à Borgo, au micro de France Info. Le syndicaliste s’appuie sur plusieurs éléments: l’agresseur aurait crié « Allah Akbar » au moment de se jeter sur les surveillants, aurait noué autour de ses épaules « un drapeau » et aurait reçu des « embrassades sur le front » de ses complices une fois le forfait accompli. En clair, le syndicat voit une préméditation certaine et un contexte religieux dans cette attaque.

« En l’état, pas de saisine du parquet de Paris [compétent pour les affaires de terrorisme] qui suit l’évolution de la situation en relation étroite avec le parquet de Bastia », nous avait pourtant confié vendredi une source judiciaire. Si les motivations de Morad A. restent encore floues, des écoutes téléphoniques récentes ont montré que les soupçons sur sa radicalisation étaient étayés. Une enquête avait d’ailleurs été ouverte, mais le détenu n’était pas inscrit au fichier des signalements pour la prévention de la radicalisation à caractère terroriste (FSPRT).

Une radicalisation constatée lors de sa détention

Selon Corse Matin, Morad A., Français d’origine marocaine, avait été condamné à huit ans de prison pour homicide involontaire. Des faits commis en 2012 à Porto-Vecchio sur fond de rixe à la sortie d’une boîte de nuit. A l’époque, le jeune homme est loin du profil d’un islamiste: fan du PSG, il est réputé « fêtard », « flambeur » et consommateur d’alcool. La détention à Borgo l’aurait changé: un surveillant affirme auprès du journal local qu’il a commencé récemment à ne plus vouloir s’adresser aux fonctionnaires femmes. Un signe possible de radicalisation.

Fait troublant: selon France 3, une femme a été placée en garde à vue ce samedi à Lyon dans le cadre de l’enquête sur l’agression de Borgo. (…)

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