Un Franco-bosniaque à la personnalité inquiétante a été condamné à 4 mois de prison ferme du fait de ses penchants pour l’Islam radical.

Le visage glabre, une voix de stentor aux accents prophétiques, l’homme éructe dans le micro qu’il menace à tout moment de briser, par ses gestes saccadés et violents. Tout au long de l’audience correctionnelle, mardi après-midi, ce Franco-bosniaque de 29 ans, domicilié au Puy, n’a de cesse de nier en bloc toutes les accusations qui pèsent contre lui.

« Il voulait l’égorger, la femme a pris peur »
Les charges sont graves : menaces de mort en raison d’une orientation sexuelle et de la religion, apologie publique d’un acte de terrorisme à la maison d’arrêt du Puy. Elles font froid dans le dos, au lendemain de l’hommage rendu par la nation aux victimes des attentats de Paris.
Et pourtant, au fil de l’audience, on se rend compte que quelque chose ne tourne pas bien rond, à travers les propos décousus du prévenu. Une impression du reste corroborée par des rapports d’experts psychiatres qui l’ont examiné. L’un d’eux parle de « troubles mentaux pouvant compromettre la sécurité des personnes ».
En 2013, l’homme est hospitalisé en psychiatrie. Une hospitalisation d’office qui sera levée à la suite d’une décision de justice. Déjà en 2007, il avait fait l’objet d’un suivi en psychiatrie, mais pour des « crises d’angoisse », dixit le prévenu.
Reste que pour le parquet, il présente « une personnalité inquiétante ». Et la substitut du procureur de la République, Sarah Ploquin de remarquer : « Il nie tout, même l’évidence ». La représentante du ministère publique pointe encore du doigt ces « délires de persécution ».

Oui, l’homme « inquiète »
Ce n’est pas pour rien qu’il fera quatre mois de détention, d’octobre 2014 à février 2015 avant d’être placé sous contrôle judiciaire.
Les ennuis pour le Franco-bosniaque ont commencé au cours de l’été 2014. Un signalement parvient à cette époque à la police sur cet homme qui était alors jusqu’ici inconnu de la justice. Des proches s’inquiètent de sa volonté de gagner la Syrie. Il chercherait même à emprunter de l’argent pour financer le voyage. Très vite, les plaintes s’enchaînent. Il aurait menacé un couple, des Bosniaques comme lui, reprochant au mari d’être un « mauvais musulman » car il buvait soi-disant de l’alcool. « Il voulait l’égorger. La femme a pris peur. Elle le trouvait déterminé » commente le président du tribunal, André-Frédéric Delay. Et puis il y a ces propos tenus dans un kebab du Puy, où le jeune homme se serait dit capable de faire 700 victimes à la fête foraine.
Il y a encore cette très violente altercation qui l’oppose en plein centre-ville à une de ses connaissances à qui il aurait reproché son homosexualité. Ou ces jeunes femmes abordées là encore sur la voie publique et dont la conduite n’était pas du goût de celui qui se dit « prophète de l’Islam ». Force est de conclure : « Nul n’est prophète en son pays… ».
« Oui je suis musulman, simplement. Je ne suis pas radical », se défend avec conviction le prévenu qui n’a pas jugé bon d’avoir recours aux services d’un avocat. L’homme dénonce les « faux témoignages » contre lui, se prétend victime d’une sorte de machination.

Des écrits farfelus
Des témoignages et une enquête qui l’ont conduit en détention. C’est en maison d’arrêt, le 9 janvier 2015, soit deux jours après la tuerie de Charlie Hebdo, qu’un incident éclate en cours d’une promenade. Un codétenu explique : « Ca s’est enflammé dans sa tête ». Le Franco-bosniaque se serait réjoui de qui s’était passé à Paris.
L’examen de son téléphone portable et de son ordinateur par les enquêteurs révèle, malgré ses dénégations, qu’il consultait bien des sites radicaux. Des écrits farfelus sont retrouvés évoquant des attaques contre Firminy ou Sainte-Sigolène.
Le tribunal ordonne des soins psychiatriques. Surtout, il condamne le prévenu à 24 mois de prison dont 20 avec sursis, une mise à l’épreuve durant 2 ans. L’homme ne retournera pas en maison d’arrêt, la détention provisoire couvrant les 4 mois ferme. Il lui est en outre interdit de déménager sans en avertir la justice, de détenir une arme. Il se voit par ailleurs privé de ses droits, civiques, civils et de famille durant cinq ans. « Des droits, remarque le président Delay, qui apparaissent incompatibles avec les propos qu’il a tenus et les actes qu’il a commis ».

Source