Le bureau de l’Assemblée nationale a décidé mercredi la levée de l’immunité parlementaire de Marine Le Pen, et la députée du Pas-de-Calais a immédiatement

dénoncé «une volonté de persécuter celle qui incarne l’opposition et l’alternative au pouvoir en place (sic)». La présidente du Front national est accusée d’avoir diffusé sur Twitter des photos d’une victime de l’organisation Etat islamique. La levée de son immunité doit permettre qu’un «mandat d’amener» soit délivré et que l’élue se rende aux convocations du juge.

Une enquête préliminaire avait été lancée en décembre 2015 par le parquet de Nanterre pour «diffusion d’images violentes», la visant ainsi que le député Gilbert Collard, dont l’immunité parlementaire a été levée pour les mêmes raisons en septembre, puis deux informations judiciaires distinctes avaient été ouvertes. A noter que l’immunité parlementaire de l’ancienne eurodéputée avait déjà été levée dans cette affaire, en mars 2017, cette fois par le Parlement européen. Ce mercredi, le bureau de l’Assemblée ne s’est pas prononcé sur le fond du dossier concernant la présidente du FN, mais sur le caractère «sérieux, loyal et sincère de la demande de la justice.»

Le 16 décembre 2015, Marine Le Pen avait publié sur son compte Twitter trois photographies violentes montrant des victimes de l’organisation Etat islamique, dont une du journaliste américain James Foley, exécuté en 2014, avec le texte : «Daech, c’est ça !». Par cette publication, la dirigeante frontiste comptait à l’époque «dénoncer le parallèle ignoble» qu’elle considérait avoir été établi jour même sur le plateau de BFMTV «entre le Front National et l’Etat islamique», a-t-elle justifié mercredi dans un communiqué.

«Mieux vaut être un jihadiste…»
Marine Le Pen évoque des déclarations de Jean-Jacques Bourdin prononcées le 16 décembre 2015 dans le cadre d’une interview avec le politologue Gilles Kepel. L’animateur avait mis en comparaison la montée du FN en France avec celle de l’Etat islamique, considérées par lui comme «deux phénomènes qui se ressemblent». Bourdin avait justifié son propos en évoquant le «repli identitaire», qui sert de fonds de commerce au Front national, en y voyant «une communauté d’esprit. Parce que l’idée, pour Daech, c’est de pousser la société française au repli identitaire».

«La liberté d’expression et de dénonciation, qui est consubstantielle au rôle de député, est morte avec cette décision de basse politique politicienne», a encore réagi la présidente du Front national, auprès cette fois de l’AFP. «Mieux vaut être un jihadiste qui rentre de Syrie qu’une députée qui dénonce les abjections de l’EI», a-t-elle ajouté. Dans cette affaire, Marine Le Pen risque trois ans de prison et 75 000 euros d’amende.

Mise à part la décision du Parlement européen de mars, Marine Le Pen avait déjà vu son imminuté parlementaire levée juin 2017, pour une affaire de diffamation envers Christian Estrosi, et en 2013, pour avoir assimilé les prières de rue des musulmans à une «occupation». Pour cette dernière affaire, elle avait été relaxée fin 2015 par le tribunal correctionnel de Lyon.

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