Yann Moix, souhaite l’arrivée la plus massive de migrants car ce sont les français de demain.

Yann Moix, écrivain, chroniqueur notamment à « On n’est pas couché » dénonce l’expression «colonne», utilisé entre autres par la démographe Michèle Tribalat qui « sous-entend déjà les invasions barbares, alors qu’il ne s’agit que de jeunes, terrorisés par des régimes iniques et cherchant un recoin du monde où vivre en paix ». Titre de la tribune :Qui sont ces «colonnes de migrants» ?.

Madame Michèle Tribalat, spécialiste des questions migratoires, rappelle que l’éminence des savoirs ne garantit jamais la dignité des analyses ; dans l’espace bistrotier, accablée par l’abus d’un anis, on aurait pardonné, quoi que fort gêné, la terrible inanité de ces fulgurances vermoulues ; dans l’espace intellectuel, il nous procure la nausée. Cette nausée, nous l’espérons, sera dissipée par l’arrivée, la plus massive possible, de ces Français de demain, nés à Kaboul, à Khartoum, à Asmara, et qui savent, ou sentent, que l’avenir n’appartient jamais à ceux qui, au lieu de dormir, surveillent leurs frontières en aboyant.

Voici venu, parmi les moisissures, le champignon principal : «Juger du régime migratoire d’un pays en général, et de la France en particulier, sur les années 2015-2016, laisse croire que ces colonnes de migrants parcourant l’Europe après une traversée en mer difficile constitueraient dorénavant l’ordinaire de la migration et deviendraient ainsi la référence pour apprécier l’immigration étrangère en Europe.» Les mots ne sont rarement que des mots ; ils donnent à voir. Et ce que Mme Tribalat voit, ce ne sont pas des jeunes qui, terrorisés par des régimes iniques ayant assassiné leurs parents sous leurs yeux ou les forçant à effectuer soixante-dix années de service militaire, cherchent un recoin du monde où vivre en paix ; ce que Mme Tribalat voit, ce ne sont pas des jeunes qui, comme quelques Afghans que j’ai eu l’honneur de rencontrer à Calais au milieu des immondices où ils dorment tandis que j’écris ces lignes, savent Victor Hugo par cœur en farsi et ne comprennent pas pourquoi, chaque nuit, les Javert d’aujourd’hui ordonnent qu’on les asperge de gaz lacrymogène ; non, ce que Mme Tribalat voit, croit voir, ce sont des «colonnes de migrants». Autrement dit, non des exilés éparpillés, terrorisés, perdus, mais des formations groupées, agressives, intrusives, décidées – le mot de «colonne», Mme Tribalat le sait bien, est affreusement connoté (rappelant aussi de sinistre mémoire celles de Turreau), qui dit si bien l’invasion organisée, systématique, rationnelle, violente. Dans le mot de «colonne», il y a, sournoisement, ignominieusement, transformation de la victime en bourreau. […]

Source

 

 

Thème : Baskerville 2 par Anders Noren.

Retour en haut ↑